"Aujourd'hui malgré tout je fais du vin pour toi" ven 6 sept 2019

"J’ai d’abord ressenti une onde, une vibration puis une odeur, un parfum, une vague d’atomes atteignant mes narines et pénétrant en moi. Elle est venue percuter les touches de mon instrument musical neuronal. Un toucher léger, un choque sur ces cordes organiques transférant au cortex cérébral la base de ce qui est devenu l’histoire. Les basses ont parlé, les aigus ont aiguillonné des croches et des rondes pour amener à distinguer les points de fuites de mon tableau. D’abord un brouillard, un contre-jour éblouissant ne permettant de distinguer que des formes,… une forme. Une tête haute, des épaules larges, une ombre portée appelant à la révérence. Je me suis incliné. Puis le parfum est revenu, composition, puissance, complexité tout était là. Un mélange de fraicheur du matin, d’humidité résiduelle d’une nuit couverte, du musque aussi, des épices et de la menthe. J’ai continué d’avancer, yeux fermés y voyant plus clair qu’en plein jour parce que de cette lumière éblouissante commençait à se détacher des bruns, des ocres, des bleus, du vert venant doucement éclairer mes mains. J’ai vu leurs cales, je me suis souvenu de tes cicatrices. Je me suis encore approché entouré de cette aura magnifique, le bout d’un tunnel, la fin d’un vide, la beauté d’un monde, j’ai cru en cela. Un peu de vent, tiens il m’amène autre chose, un je ne sais quoi de terre et de granit, peut-être ne suis-je finalement pas si loin de ce col pyrénéen, peut-être vais-je même y voler un instant touchant du bout des doigts les plumes des ailes des rois que tu côtoies, je domine tout cela et l’entoure de mes bras au bout desquels mes mains se tordent… Elles se souviennent, elles se rappellent, de ce contact, de ce frottement de cet entremêlement de doigts imaginant un lien indestructible de connections dermiques, chaudes, froides, humides et salées. Je les frotte l’une contre l’autre, je les amène sur le bord de mon nez et capte les poussières de ce souvenir à jamais en moi. J’avance encore à te toucher, je glisse vers toi et laisse se faire la merveille. Mes poumons s’emplissent d’air accélérant la partition musicale de notre histoire, un flash, puis un deuxième, je m’enivre de mon enfance et m’étourdis de ce monde que tu m’as créé. Alors tu te retournes, alors je te vois. Tu me souris et renforce ma volonté d’être là. « Allez, vas-y mon fils, vas-y, je suis avec toi, ouvre les yeux et regarde autour de toi, vois comme il fait beau ce matin et comme tu as de la chance de pouvoir ressentir tout cela, écoute la musique dans ta tête, laisse la te donner le meilleur de l’instant. Avance, avance, marche et ouvre les yeux… »
Alors mes yeux se sont ouverts, alors je me suis agenouillé et j’ai attrapé celle qui était cachée sous une feuille. Je l’ai légèrement fait tourner et d’un geste lent j’ai couper la base de sa rafle. Je l’ai porté à mon nez pour que la musique raisonne. J’ai entendu l’été, j’ai ressenti ces fruits ramassés avec toi, j’ai glissé dans l’herbe fraiche et léché le miel sur mes doigts, nous étions ensemble mangeant les raisins secs admirant la vallée de Campan buvant l’eau des torrents, j’ai traversé ces fleurs blanches et mis sous mon menton ces fleurs jaunes pour savoir. J’ai senti la vie en ça, j’ai compris que tu étais là.
Alors je l’ai posé à côté de moi et j’ai renouvelé mon geste, dix fois, vingt fois, cent fois et traversant ces rangs j’ai commencé à récolter ces raisins que jamais je ne pourrai te faire goûter. Pas de vin à t’expliquer, pas de soirée à rayonner de cette douce ivresse qu’il aurait pu t’apporter. Première vendanges sans toi, sans cette peur et cette fierté en moi de penser au moment où je te l’aurais fait goûter. Je suis seul et bien entouré, je suis vivant et fier de t’imaginer, tu me souris, un geste tendre de la main pour me faire tout comprendre, tu te retournes et te mets à marcher, alors dans un dernier souffle je fais rentrer en moi ces atomes de toi qui je sais suivent mes doigts.
Mon père, mon père, tu sais, aujourd’hui je suis parti en vendanges, aujourd’hui malgré tout je fais du vin pour toi."


Nicolas Lesaint, 6 septembre 2019

Château de Reignac

(source : Facebook)


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