"Avec ses vins il savait faire parler le silence" lun 3 mai 2021

"Je l'ai connu sur le tard, en 2013. Je ne savais pas trop à quoi m'attendre en me rendant au domaine avec un ami commun. À chaque fois nous passion un petit moment avec la famille autour de la table de la cuisine, à parler de politique, de tout et de rien en buvant le café.

Le décalage entre la notoriété du domaine et la simplicité du personnage était frappante... j'aurais aimé le connaître d'avantage.

Le sourcier a cassé sa baguette, le Languedoc est orphelin.
Un grand Merci Laurent pour tout le bonheur que tu nous as donné. Un grand Merci pour avoir porté si haut les couleurs de notre Languedoc, le faisant connaître dans le monde entier. 


Le sourcier a cassé sa baguette, mais il est entré dans la Légende, et ses amis vignerons ne laisseront pas tomber la flamme pour que vivent les vins du Languedoc.
Adieu Laurent !"


Dominique Boudet

Laurent Vaillé - ©DominiqueBoudet



Laurent il savait faire parler le silence.


Benoît Braujou
irréductible vigneron à Aniane
domaine Fons Sanatis

"La trace qu'il laisse quand on l'a connu, elle reste à vie.

Les Terrasses du Larzac ont l'empreinte de Laurent partout, moi tous les jours je vois ses vignes, tous les jours je pense à lui.

C'est lui qui m'a mis le pied à l'étrier, j'avais 37 ans quand j'ai décidé de changer de vie et de devenir vigneronne et en 97 j'ai fait ma première vinification avec lui. Déjà à l'époque, alors qu'ils avaient commencé depuis peu, on disait de Laurent qu'il était la star montante du Languedoc. Et moi qui faisait des fêtes incroyables après les vendanges avec lui et la bande, je me disais "ah bon ?" ! C'était un beau gosse, moi tous les matins en arrivant pile à l'heure - car il était très rigoureux et je respectais cela - je tombais "amoureuse" de lui !

C'était quelqu'un de souriant, de gentil, qui avait de l'humour. Et puis il avait cette puissance, profonde, qui venait de loin, une énergie presque atomique qu'il te passait volontiers si tu l'acceptais, s'il sentait que tu étais réceptif... une force tranquille, au-delà du charisme, qui semble un mot trop faible pour le décrire. Et ce qu'il te donnait, ce dont il t'imprégnait avec sa bienveillance, une fois que tu l'avais acquis tu le gardais à vie.

Je l'ai connu par le biais d'un contact commun et de cavistes parisiens qui vendaient son vin et qui ont contribué à créer l'émulation.

Et moi je voyais cet homme - il était jeune à l'époque, environ 34 ans - qui travaillait comme un dingue et qui avait cette certitude bouleversante qu'il fallait aller dans cette direction-... j'étais et je resterai toujours admirative de son travail.
Il fallait voir comment il soignait ses vignes. Quand j'ai taillé chez eux, j'avais le père à ma droite, Laurent pas loin et le grand-père à ma gauche qui me surveillait, debout avec sa canne !

Ce que j'aimais, c'était sa liberté. Il est allé piocher chez des vignerons qu'il admirait, il s'est inspiré d'eux sans contraintes de cahier des charges ou autre, il a juste fait ce qu'il voulait. Et puis il a transmis. Il m'a transmis son savoir comme le ferait un mentor. Il m'a un peu appris la conduite de la vigne, en gobelet bas, mais il m'a surtout donné les clefs de la vinification. Mon El Albanico, c'est lui qui m'a donné les grandes lignes de l'équilibre pour faire un grand blanc. Ce n'est pas de la prétention, mais c'est un résultat que je lui dois. C'était un artisan, plus qu'un exemple pour moi, il était un repère. Laurent Vaillé avait une vision, de ces choses qu'il disait le sourire en coin, comme de parler de ses vignes comme on le ferait aujourd'hui en travaillant en biodynamie, sauf qu'à l'époque ce n'était pas répandu comme de nos jours.

Et quand la notoriété est devenue plus grande, il avait ce paradoxe en lui de dire à la fois "mais il faut arrêter, le vin c'est que du vin", alors qu'il consacrait sa vie à son métier ! Et puis, comme les grands Chefs qui auraient peur de perdre leur étoile, il m'a aussi dit "moi je n'ai pas le droit à l'erreur."
D'ailleurs, il aimait les bonnes choses, il se faisait plaisir, il aimait aller dans les grands restaurants.

J'ai perdu mon père spirituel. C'est un immense gâchis.J'espère qu'il ne tombera pas dans l'oubli."


Pascale Rivière
Vigneronne à la Jasse Castel à Montpeyroux / St Jean de Fos


"J'étais très jeune et encore étudiant en sommellerie. Avec un petit groupe de compagnons d'études nous sommes allés frapper à la porte de La Grange des Pères sans trop savoir à quoi nous attendre.

Ils étaient là tous les deux, avec son frère Bernard, et notre statut d'apprentis sommeliers nous a fait passer un moment unique où l'on sentait leur volonté de transmettre leur savoir-faire, de nous faire entrer dans leurs coulisses... Laurent Vaillé avait ouvert de vieilles bouteilles de blanc. La qualité était incroyable, le souvenir reste très vif pour le jeune palais que j'étais. C'était généreux et authentique de leur part.

Apprenti sommelier à l'Ambassade à Béziers, j'ai eu la chance de goûter de nombreux millésimes de rouge, puis ce blanc de 1994... une dégustation si forte que j'ai tenu à la faire très vite partager ensuite à un couple d'habitués qui venaient au restaurant. Cette précision, cette maîtrise, cette puissance des blancs me font penser à l'esprit bourguignon... ce petit quelque chose de Puligny-Montrachet, avec un fumé/grillé qui, à l'évolution, devient du beurre...

C'est terrible de penser au vide que son absence va laisser dans le monde du vin. Tous les languedociens comme moi doivent ressentir la même chose."


Albert Malongo Ngimbi
Sommelier chez Alain Ducasse au Plaza Athenée
Prix Michelin du Sommelier France 2019

"Il y avait le Laurent Vaillé vu de l'extérieur, le vigneron légendaire, l'artiste, et puis il y avait le Laurent du village, qui avait tissé des liens d'amitié dans ce petit cercle qu'est Aniane.

Depuis la disparition de mon père, nous avions tissé un lien fort et j'en étais heureux car bien sûr, en partageant un même métier et en étant voisins, j'étais très en demande. C'était quelqu'un que j'ai découvert au fil du temps comme très généreux, très délicat, qui ne se mettait pas en avant... le genre de personne qui, même quand elle donne un coup de pouce à quelqu'un du village, ne veut pas que ça s'ébruite.

En 2018 ou 2019, nous sommes allés chez lui avec Basile, mon frère. J'ai été bluffé par sa façon de parler du vin. Même au-delà, c'était comme s'il entretenait une relation privilégiée avec chacune des barriques, l'objet en lui-même avait son histoire et il disait "celle-ci elle goûte tellement bien que je ne veux pas m'en séparer".

Je l'avait trouvé passionnant, sensible... humble malgré sa grande contribution à amener les vins du Languedoc dans une catégorie très rare, celle de la spéculation. Ce n'était pas de son fait mais le résultat d'une quantité limitée de vin par rapport à sa très grande qualité. Et quoique l'on puisse penser de cet effet, il a bénéficié au rayonnement et au positionnement des vins de notre région aussi.

Il y a quelque chose d'artistique dans les vins de Laurent et Bernard, qui fait que les amateurs en rêvent, même s'ils ne les ont jamais goûté. Son approche anti-marketing a certainement contribué à construire le mythe, mais elle était tout sauf calculée, c'était simplement sincère.

Une sincérité qui rejoint sa générosité notamment lorsque je l'ai sollicité pour le Festival des Vins d'Aniane, auquel il ne participait pas, et qu'il a immédiatement accepté d'offrir une bouteille à chaque dégustation horizontale menée par Daniel Roche.

C'est très triste, j'ai une pensée pour sa compagne et sa famille.

C'est important que le monde du vin soit conscient qu'il vient de perdre une pépite."


Roman Guibert
Vigneron du Mas de Daumas Gassac à Aniane
Président du Festival des Vins d'Aniane

"Les vins de Laurent Vaillé font à part entière partie du cercle fermé de ce que l’on peut appeler les vins mythiques.

Unique à bien des égards, la Grange des Pères est un aboutissement, une autre idée du vin languedocien, telle une main de fer dans un gant de velours.

Un millésime 1995 dégusté il y a quelques mois était encore d’une fraîcheur absolument inédite pour un vin de 25 ans ! La Grange des Pères c’est tout cela à la fois, la classe des plus grands, la rareté, l’exclusivité, la pureté et l’élégance avec la retenue qui permet de ne jamais tomber dans les travers de l’extravagance.
Cela lui confère une place à part dans le paysage viticole, notamment le paysage languedocien, suivant le chemin tracé par Aimé Guibert.

Cela se vérifie assez simplement : en tant qu'amateur de vin, quelles sont les raisons pour lesquelles vous connaissez le petit village d'Aniane ?"


Paul Demeulenaere
Wine Mosaïc

"Par son côté singulier et sa rareté, la seule évocation de La Grange des Pères fait frémir les amateurs de jolis flacons de la France entière.

Laurent Vaillé était l'un des ambassadeurs des vins du sud aux côtés de vignerons de légende comme les Reynaud, Bonneau ou Dürrbach. 

Ce qui me marque c'est la profondeur et l'élégance des vins de Laurent. Des vins d'une rare intensité qui lui ont permis de faire rayonner le Languedoc en dehors du pourtour méditerranéen.

J'ai eu la chance de partager un petit moment de dégustation avec lui autour d'une bouteille de Châteauneuf au Chameau Ivre. J'ai été marqué par l'humilité du dégustateur ayant parfaitement lu le vin, mais dont la pudeur le forçait à esquisser un énième silence approbateur.

Je n'ai malheureusement jamais eu l'occasion d'aller lui rendre visite à Aniane et le regrette, mais je garde le souvenir de ses vins et de son regard profond qui trahissait l'humilité et la sincérité du personnage."


Thomas La Tulipe

"C'eétait en 1991, je travaillais alors au syndicat des Coteaux du Languedoc où j'avais comme collègue une 
jeune femme qui allait devenir Mme Fadat. C'est donc à ce titre que j'ai été invité au mariage de Sylvain 
Fadat le fameux vigneron précurseur de Montpeyroux, au Domaine d'Aupilhac.

Lors de la soirée, je discutais avec Sylvain lorsqu'il me dit : " Tu vois Daniel, ce jeune là bas, il va produire le meilleur vin du Languedoc... ". Je souriais, un peu sceptique, et je prenais cette affirmation tout comme on peut parler gentiment d'une jolie fille en disant qu'elle est "la plus belle de la région" (voire du monde !).
Cependant, j'allais tout de même saluer ce grand garçon au complet gris, assis seul, au coin d'une table. Nous parlâmes un bon moment et je fus rapidement conquis par son sourire, sa voix douce et son regard sincère.
Je lui demandais comment s'appelait son domaine et il me dit un nom que ne fixais pas dans ma mémoire. Je promettais tout de même d'aller le voir quand son premier millésime serait sorti. 

Quelques mois passèrent, la vie suivait son cours et je changeais de patron pour travailler dorénavant dans 
la boutique des Caves Notre Dame.
Quand, un matin de printemps 1994, nous reçûmes au magasin quelques bouteilles d'un vin rouge du millésime 1992, à l'étiquette sobre et élégante, dans un carton d'oû exhalait le doux parfum d'un brin de thym et de laurier encore frais. Son nom nous sembla peu évocateur : La Grange des Pères...
Avec mes collègues du moment, nous dégustâmes le nectar et là... Alléluia ! Quel est ce vin ? Quel est  cet enchantement ? Ce n'est pas possible ! On est en Languedoc ?...
Nous étions tous sidérés par ce moment divin qui ouvrait nos sens sur un vin incroyablement délicieux et proprement fabuleux ! 

C'est alors que me revint l'anecdote du mariage et, quelques jours plus tard, je visitais la cave de Laurent... Je me rappelle l'avoir quitté assez tard ce soir là, avec en cadeau une bouteille de son blanc... Quel personnage 
merveilleux. 

Le premier millésime 1992 a fait, dès sa sortie, l'effet d'une bombe.
Les amateurs, les cavistes et les médias ont pris d'assaut le domaine et Laurent a dû se protéger : faisant face à la demande, il devait "gérer la pénurie", comme il disait.
Les annés ont suivi, j'ai revu Laurent régulièrement, il est venu trois fois aux dégustations du Club L'Epicuvin, toujours modeste et silencieux. Puis il a refusé mes invitations car trop de demandes, trop de pression, trop de stress aussi... Chose que j'ai parfaitement comprises et je ne l'ai plus jamais "embêté" avec ça.


J'ai aussi le souvenir d'avoir assisté à une corrida à Nîmes avec lui, et nous avons fini la soirée sur la 
terrasse du San Francisco, du sieur Michel Hermet. Nous n'avons pas bu son vin, juste un beau Chablis de 
chez Dauvissat. 

Mon dernier souvenir, très cruel avec le petit recul d'aujourd'hui, remonte trois jours avant sa mort, où je suis allé au domaine. 
Nous avons parlé longuement. Pas de son vin, mais de voyages, de gastronomie, d'Italie, d'opéra, de 
restaurants espagnols, du prix des vins de Bourgogne...

En partant je lui ai demandé quelques bouteilles de son 2017, que je n'ai pas reçues l'an dernier, confinement oblige. II m'a alors répondu: "Passe me voir le mois prochain, Daniel, je te les préparerai...".


Quelle tristesse.


Daniel Roche 
Sommelier - Fondateur du Club L'Épicuvin

Propos recueillis par Patricia Huczek

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